Après faut pas s’étonner…

par lundioumardi

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À l’occasion du Printemps des poètes, on se prendrait à rêver aux mille façons d’honorer ce rendez-vous au moins cinq minutes par jour dans les écoles : lectures, rencontres, ateliers, etc. En plein printemps tout court, on aurait pu imaginer que ce serait une chance pour les enfants de rencontrer des paysagistes, des horticulteurs et autres maraîchers afin de découvrir de nouveaux métiers mais aussi de préserver l’environnement qui les entoure pendant une poignée d’années. Mais l’Éducation nationale, structure avant-gardiste de tous ses échecs, a une nouvelle fois pris les devants en répondant à « une initiative de la profession bancaire »…

Ainsi débute cette semaine et jusqu’à la fin de l’année scolaire l’opération « J’invite un banquier(e) dans ma classe ». (À noter qu’en tapant le « (e) » pour la féminisation de banquière, Word corrige automatiquement par « € »…) Une date qui ne laisse rien au hasard puisque comme le précise le site https://unbanquierdansmaclasse.com/, l’opération s’inscrit dans le cadre de l’European Money Week (à vos souhaits !) qui a lieu entre le 25 et 29 mars afin de « involves young people in more than 32 countries, with activities ranging from classroom sessions to seminars and conferences, all seeking to improve financial literacy through better financial education. » Pour celles et ceux qui ne lisent pas l’anglais, comprendre : technocrétin de l’Union européenne qui vient sensibiliser vos bambins aux taux d’épargne et autres prêts bancaires. À moins que Jérôme Kerviel ne soit dans place, ils sont loin nos poètes !

Mais revenons à notre « atelier ludo-pédagogique qui sensibilise les élèves de CM1-CM2 aux notions de budget, moyens de paiement, épargne et sécurité. […] à un âge où ils commencent à recevoir de l’argent de poche pour leurs loisirs. » Pendant une heure, les élèves s’affrontent autour d’un jeu de l’oie financier arbitré par un banquier ayant fait le déplacement spécialement pour eux afin de répondre aux questions et surtout « leur permettre de devenir des consommateurs responsables », précise le site Internet.

Ainsi, le petit Hyppolite assis au fondd’laclasseprèsduradiateur ou Margot l’effrontée cesseront peut-être de claquer 20 centimes d’euros chaque jour dans un Malabar et une sucette achetés à l’unité chez le boulanger situé en face de l’école en refaisant le monde. Désormais plus de gâchis, tête blonde tiendra ses comptes. Parmi les témoignages, un élève de CE1 enterre quant à lui un peu plus le Monopoly en confirmant : « J’ai aimé le jeu parce qu’on a voyagé dans le monde de la banque. » Implacable ! Simone Weil s’en alarmait déjà : « Argent, machinisme, algèbre ; les trois monstres de la civilisation actuelle. » Le prodige de la banque est sans aucun doute d’être parvenue à combiner les trois.