lundioumardi

Le blog fait par un lecteur, adressé aux lecteurs, pour parler de ses lectures

Mois : février, 2019

Sade à rebours des légendes

sadelundioumardi

Dans Les châteaux de la subversion (éd. Gallimard, 2010), Annie Le Brun explorait les paysages du roman noir de la fin du XVIIIe siècle et écrivait alors : « À dévoiler les prisons successives que l’être installe à l’intérieur de lui-même, on découvre en même temps que cette prison peut devenir le lieu d’un inquiétant plaisir. Les images les plus troublantes surgissent alors pour remodeler les forteresses du mal que sont les prisons, les couvents, les maisons de force, et ce, au cours d’une surprenante prise en charge de la perversité, de la déraison, au moment où tout les accable. » Cet accablement, Donatien Alphonse François de Sade (1740-1814) l’a éprouvé avec férocité pendant les vingt-sept années qu’il a passées entre la prison et l’asile d’aliénés où il a écrit avec ferveur une œuvre à la fois dérangeante et révoltée, comme si les murs de sa cellule déverrouillaient les chaînes de sa pensée pour installer un autre espace, cette fois littéraire et mental.

Ses livres ont traversé les siècles dans la clandestinité en creusant le fossé entre la besogneuse lecture au pied de la lettre et ceux tentant de la dépasser afin de saisir autre chose dans ses écrits. En 1990, l’œuvre de Sade entre dans la Pléiade et prouve à nouveau qu’elle ne saurait se limiter aux Cent Vingt Journées de Sodome, La Philosophie dans le boudoir ou encore La Nouvelle Justine. Il faut y ajouter les nombreux textes politiques, les romans historiques et les différents essais ; Sans oublier la vaste correspondance d’un épistolier contraint à ce seul support pour échanger derrière les barreaux de ses prisons. Sa vie, les légendes bâties autour des rumeurs, ont passionné biographes et intellectuels, de Jean-Jacques Pauvert à Roland Barthes, en passant par Simone de Beauvoir, Pierre Klossowski, Gilbert Lely, Pierre Lever et, bien sûr, Annie Le Brun.

Récemment, Stéphanie Genand – spécialiste de la littérature du XVIIIe siècle et présidente de la Société des études staëliennes – a publié une nouvelle biographie consacrée au libertaire avec le principe méthodique de démythifier le personnage autour de l’homme[1]. Après tout, comme il est rappelé dans le prologue, les études menées sur son crâne par le docteur Ramon en 1818 n’avaient-elles pas abouti à la déception suivante : « son crâne était en tous points semblable à celui d’un père de l’Église. » D’entrée, la biographe écarte le monstre tant de fois recherché pour interroger le caractère de l’homme, son intimité, ses appétits et ses égarements, l’acharnement aussi dont il fut victime et les mauvais coups du sort. « Sade, non pas sadique, mais penseur lucide du sadisme. »

À partir d’une lecture attentive des textes et notamment de la correspondance, elle retrace les grandes lignes du parcours de Sade : la noblesse insouciante de son père Jean-Baptiste, les premières affections du jeune homme romantique, la confusion des sentiments de la Présidente – belle-mère acharnée à l’aimer tout autant qu’à le faire condamner –, l’amour intrépide de son épouse Renée, souvent peu abordé par la littérature bien qu’étant l’interlocutrice de prédilection pendant de longues années, ses trois procès, le rendez-vous manqué avec l’histoire lors de la Révolution de 1789, ses combats politiques contre les institutions, à rebours de l’ordre social et, surtout, la teneur de l’œuvre en train de se faire au fond des cachots. À plusieurs reprises, l’auteure réhabilite « l’humanité sadienne [qui] lézarde la légende noire. »

Dans l’asile de Charenton où il termine sa vie, Sade fortement diminué trouve encore l’énergie de former un théâtre joué par les aliénés avant d’être interdit. Sa personne n’inquiète plus beaucoup mais la perpétuité de son œuvre menace. Les manuscrits sont saisis et tout son matériel d’écriture est confisqué. « L’adieu à la vie n’a cependant plus de secrets pour lui. Exécuté par contumace, enfermé pendant vingt-sept ans, privé de l’administration de ses biens, déclaré mort dans la presse et fou par les autorités consulaires, qu’a-t-il encore à découvrir du néant ? Sade, éternel déjà mort, n’attend pas en effet son testament pour ouvrir la porte du tombeau. Il l’installe au cœur de son existence […]. » Une biographie dans laquelle Stéphanie Genand s’écarte des traditionnelles rengaines liées au personnage pour valoriser une littérature de la liberté, écrite de la main d’un homme déterminé à ouvrir les yeux de son époque sur les rapports sociaux, la violence qui les gouverne, conçue (paradoxalement ?) loin de l’ordre du monde, dans les forteresses du mal évoquées par Annie Le Brun et qui ont fait naître l’écrivain à l’implacable destin.

[1] GENAND Stéphanie, Sade, éd. Gallimard (Folio), 2018.

 

Les matriochkas de Miguel de Unamuno

Unamunolundioumardi

Pendant l’été 1925, le poète et romancier espagnol Miguel de Unamuno, alors âgé de 61 ans, marié et père de huit enfants, vit au rythme d’une incroyable solitude son exil parisien, proscrit de son pays après une série d’articles virulents contre la monarchie et le gouvernement de Primo de Rivera[1]. Ses journées dans la capitale française défilent alors entre promenades et lectures : un chapitre du Nouveau Testament chaque matin, La Peau de Chagrin de Balzac, des rendez-vous à la Rotonde avec d’autres membres de la communauté espagnole et des heures de méditation sur l’avenir de son pays qui le préoccupe depuis le lit de sa pension, au 2 rue Laperouse. Précaire, suspendu de toute collaboration avec les revues espagnoles pour lesquelles il écrivait afin de ne pas avoir à supporter ce qu’il nomme lui-même la « censure de caserne »[2], il échafaude ce texte si particulier qu’est Comment se fait un roman.

La question de la traduction porte en elle la première matriochka de cette histoire. Le livre ayant été écrit par Unamuno dans sa langue d’origine en 1925, son auteur refuse qu’il paraisse dans une revue espagnole. Il confie alors le travail de la traduction en français à son ami Jean Cassou, qui aboutit à une première publication le 15 mai 1926 dans la revue du Mercure de France. À ce moment, Unamuno avait déjà regagné Hendaye, sans réclamer à Cassou les feuillets manuscrits de son livre. Un an plus tard, en mai 1927, il décide de le publier dans sa propre langue mais sans reprendre le texte initial : « Je ne sais pas même de quels yeux je verrais ces feuillets de mauvais augure que j’ai remplis dans la chambrette de la solitude de mes solitudes de Paris. Je préfère retraduire à partir de la traduction française de Cassou […]. Mais est-il possible qu’un auteur retraduise la traduction de l’un de ses écrits publiés dans une autre langue ? C’est plutôt une expérience de mort que de résurrection, voire même de mortification. Ou, mieux, un coup de grâce. » Le livre paraît la même année à Buenos Aires aux éditions Alba parce que l’auteur refuse de le voir recouvrir les étagères des librairies de son pays toujours soumis à la dictature de Primo de Rivera – la première édition intégrale de Como se hace una novela en Espagne dut attendre 1977.

Dans ce prologue au texte définitif de 1927, Unamuno attirait l’attention de ses lecteurs sur la dernière couche appliquée à son manuel de construction d’un roman. Il introduisait également les circonstances difficiles provoquées par l’éloignement : « J’essaie en même temps de me consoler de mon exil, de cet exil hors de mon éternité, de ce déterrement que je veux appeler mon dé-cielement ». Ces considérations, indispensables pour comprendre l’état d’esprit de l’auteur, laissaient place à la promesse contenue dans le titre de raconter comment un livre est bâti – « le roman du roman ». Son personnage, U. Jugo de la Raza, erre sur les quais de la Seine quand il tombe sur un livre mortel, c’est-à-dire dont la lecture va le tuer progressivement, selon un avertissement de l’auteur (fictif) qui aurait écrit « Lorsque le lecteur arrivera à la fin de cette douloureuse histoire, il mourra avec moi. » Obsédé par ce livre qui le consume littéralement de l’intérieur, U. Jugo de la Raza décide de le brûler pour s’en défaire.

Miroir des propres tourments d’Unamuno, son personnage fuit hors des frontières de France afin d’échapper au souvenir des cendres du livre. Mais alors qu’il se promène, à Genève ou peut-être à Bruges, peu importe en vérité, le héros tombe sur un nouvel exemplaire du livre maudit et l’achète immédiatement. De retour à Paris, se repose la question de terminer le livre et d’en mourir ou bien de s’en débarrasser à nouveau pour continuer à vivre, sachant que la mort est inévitable quoi qu’il arrive. Le livre était devenu sa vie. En réalité, le squelette de cette histoire improvisée par Unamuno, laquelle se voudrait un exemple de construction d’un récit, constitue le prétexte efficace pour défendre une conviction littéraire : « Tout lecteur qui, lisant un roman, se soucie de savoir comment finiront ses personnages, sans se soucier de savoir comment lui-même finira, ne mérite pas qu’on satisfasse sa curiosité. […] Le lecteur qui chercherait des romans finis ne mérite pas d’être mon lecteur ; il est lui-même déjà fini avant de m’avoir lu. »

À cet instant, Unamuno a déboîté trois de ses matriochkas, lesquelles contiennent les fondements du roman qui n’est autre que ce roman-là : l’usage de la langue, le contexte particulier dans lequel l’écrivain travaille, la trame d’une intrigue en construction qui pourrait servir de modèle universel. Le caractère autobiographique du récit va constituer sa quatrième et dernière poupée russe. Alors qu’il écrivait ce texte, Unamuno était plongé dans la lecture des lettres d’amour du révolutionnaire et patriote italien Giuseppe Mazzini (1805-1872) – lui aussi proscrit de son pays – avec Judith Sidoli (1804-1871). Répondant à la demande de celle-ci de concevoir un roman, Mazzini écrivait : « Dès l’instant où je mets mon amour à tes côtés, le roman disparaît. » L’amour de Unamuno c’était sa famille, « le symbole vivant de l’Espagne et son avenir ». Une façon habile pour lui de nous dire, dans ce sombre exil parisien, qu’écrire une histoire n’a d’autre intérêt que celui d’écrire l’Histoire et qu’elle lui est indissociable de celle de son pays ; peut-être parce que l’ « On admire et on aime même ce que l’on exècre et que l’on combat. »

Au final, en voulant tirer les rideaux sur les coulisses du roman, Miguel de Unamuno restait fidèle au combat mené en faveur de l’avenir de l’Espagne, contre la monarchie et les « tyranneaux prétoriens » du Directoire de Primo de Rivera mais aussi en écrivant le dégoût que lui inspiraient certains de ses compatriotes. Un combat solitaire, forcément douloureux, y compris quand il s’interroge sur la folie qui le guette dans cette quête de vérité qui l’habita tout au long de sa vie.

[1] Pour plus de détails sur la biographie de Miguel de Unamuno, voir : « Miguel de Unamuno, le privilège des convictions », Lundioumardi, 8 mars 2016, https://lundioumardi.wordpress.com/2016/03/08/miguel-de-unamuno-le-privilege-des-convictions/

[2] L’ensemble des citations est tiré de l’édition suivante : DE UNAMUNO Miguel, Comment se fait un roman, Paris, éd. Allia, 2010.

 

De Jean à Max

jeanmoulinlundioumardi

Jean Moulin (1899-1943), c’est la figure du héros national associé à la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est celui dont le combat s’apprend dans une double-page des manuels scolaires d’histoire, celui à qui France Télévisions consacre régulièrement un nouveau téléfilm, celui qui compte pas moins de quatre musées en France pour honorer sa mémoire (Paris, Lyon, Bordeaux et Saint-Andiol). Sans oublier les nombreux livres, biographies, articles et sites Internet qui lui sont dédiés. Une monographie vertigineuse à la hauteur de l’homme qui fut tour à tour préfet, chef de la Résistance et fondateur de l’État clandestin en 1943.

De façon plus confidentielle, le seul témoignage écrit de la main de Jean Moulin apparaît comme l’incontournable introduction pour mesurer la détermination de ce caractère. Publié en 1947 aux éditions de Minuit[1], avec une courte préface du Général de Gaulle, Premier combat constitue le récit des cinq jours, entre les 14 et 18 juin 1940, au cours desquels le préfet d’Eure-et-Loir va tenir le journal, quasiment heure par heure, du basculement de son administration entre les mains de S.S. ivres de leur propre cruauté, face à un homme d’État résolu à faire entendre son « Non » malgré la désertion générale.

Le 21 février 1939, Jean Moulin entrait dans ses fonctions à la préfecture d’Eure-et-Loir. Malgré des demandes répétées auprès du ministre de l’Intérieur pour suivre le sort de sa classe en cas de mobilisation générale, le préfet est assigné à rester en lieu et place de son mandat. Qu’à cela ne tienne, il organisa du mieux possible la protection de ses administrés à grand renfort d’un patriotisme exalté. Le 11 juin 1940, six jours avant l’entrée des Allemands dans le département, il faisait imprimer une brochure intitulée Que faire en cas d’attaques aériennes. Déjà, il n’était question que de dignité : « Vos fils résistent victorieusement à la ruée allemande. Soyez dignes d’eux en restant calmes. Aucun ordre d’évacuation du département n’a été donné parce que rien ne le justifie. […] Les élus et les fonctionnaires se doivent de donner l’exemple. Aucune défaillance ne saurait être tolérée. Je connais les qualités de sagesse et de patriotisme des populations de ce département. »

La première partie du récit témoigne justement de cette organisation de fortune qui doit faire face à l’arrivée massive des réfugiés du Nord et à quelques unités combattantes en retraite qui seront bientôt suivis par les premiers détachements de la Wehrmacht. Il faut soigner, nourrir, abriter, prévenir la multiplication des pillages et surtout convaincre d’une mobilisation réduite à peau de chagrin. Jours et nuits, Jean Moulin se déploie sur tous les fronts, ébauche des solutions et assiste au départ précipité de la plupart des habitants. Paris et l’armée française capitulent mais le fonctionnaire de l’État reste debout malgré l’abandon de son gouvernement. « Nous décidons d’attendre les Allemands dans la cour de la Préfecture. Mgr Lejards à ma droite, Besnard à ma gauche, nous échangeons de tristes réflexions sur les événements. Nous sommes face au drapeau qui flotte toujours au-dessus de la grille d’entrée. Nous nous surprenons à le regarder intensément, comme si nous voulions en emplir, en rassasier nos yeux pour longtemps… »

L’affaire était pliée et seulement quelques heures séparaient Jean Moulin de la mise à l’épreuve de son tempérament et de son « sens du devoir ». Les officiers allemands vinrent le chercher un soir pendant le dîner. Il quitta la table pour enfiler son uniforme afin de rester « vis-à-vis de l’ennemi, sur le plan strict des relations officielles. » Emmené dans un bureau, on lui demandait de signer un « protocole » actant la responsabilité de l’armée française – des « nègres » – dans le meurtre et le viol d’une dizaine de personnes, hommes femmes enfants confondus. Jean Moulin refusa de salir l’honneur des troupes nationales et surtout de signer la falsification d’une histoire montée de toutes pièces pour humilier les perdants.

Battu, bâillonné, torturé durant des heures, il ne cesse d’opposer ce « Non » à la violence de l’injonction. Jeté à demi-mort dans une cellule, Jean Moulin interroge le gouvernement de ses convictions : « Je sais qu’aujourd’hui je suis allé jusqu’à la limite de la résistance. Je sais aussi que demain, si cela recommence, je finirai par signer. » Perspective impossible pour cet homme qui distingue dans ce dernier carré les débris de verre épars autour de lui susceptibles de ne pas le compromettre. Plutôt mourir. Sans un pli, il se taille la gorge. « Mon devoir est tout tracé. Les Boches verront qu’un Français aussi est capable de se saborder. » Cela ne devait pas être encore l’heure pour celui qui parvint « miraculeusement » à réchapper à cette mort auto-administrée. Jean devint Max, un des noms de code du résistant qu’il fut. Toujours une écharpe autour du cou sous laquelle restait gravée la cicatrice d’une détermination.

[1] MOULIN Jean, Premier combat, éd. de Minuit, coll. Documents, préface du Général de Gaulle, 1947.

La scène perplexe

www.filimages.com

Parmi toutes les richesses qu’une langue est susceptible de déployer, les figures de style occupent une place à part. Elles portent l’union d’une imagination fertile qu’un vocabulaire généreux embrasse sur l’étendue de la palette des sentiments. Le marteau d’une anaphore tombe et retombe dans l’espoir d’une conviction. La plus simple des litotes contente toutes les politesses mais peut également dissimuler la pudeur d’un profond chagrin. Et le spectacle d’un individu convaincu de ses hyperboles mal improvisées éveille parfois des sursauts de dégoût que l’on ne soupçonnait pas. L’abus de figures de style est, reconnaissons-le, tout aussi insupportable qu’un texte de Flaubert dont la ponctuation aurait été remaniée par un technocrate contemporain.

En me promenant sur les quais de la Seine ce week-end, contemplatif de l’agitation du courant et de la noirceur des eaux reflétant le ciel, je me souvenais de Walter Benjamin qui écrivait « Paris est la grande salle de lecture d’une bibliothèque que traverse la Seine. » Une métaphore pour évoquer les bouquinistes qui n’étonne pas chez l’auteur de Je déballe ma bibliothèque, dont l’histoire est intimement liée aux livres qu’il possédait et à la capitale française. J’aime cette figure de style que le verbe être encombre un peu. Une virgule aurait peut-être suffi mais je ne veux pas devenir ce technocrate mentionné plus haut.

Pour évoquer la Seine, une personnification me semble ce qu’il y a de plus approprié. Dans Un certain sourire, Françoise Sagan la doubla d’une comparaison : « Le ciel était blanc sur la Seine assise entre ses grues, comme entre ses jouets un enfant triste. » Comparaison qu’Apollinaire maniait autrement dans le poème intitulé Marie : « Le fleuve est pareil à ma peine ». L’eau fascine et quand prise de courant elle creuse notre regard s’éteint la contemplation pour laisser place à l’épanchement, tendre amoureux mélancolique. J’en connais pour qui il fut plus combatif ou religieux. Les uns nagent, les autres communient. Leurs plaintes inondent les eaux glacées d’hiver et conjuguent le courant de leur sanglot. « Que la mort a figés aux eaux noires de la Seine » chantait Barbara en hommage à Rimbaud et Verlaine.

L’histoire des quais de Seine ne demande plus à être faite. Son présent composé de rats qui grouillent autour de paquets de chips et de débris de verre abandonnés aura une postérité dont je n’ai pas envie de supposer. Mais jeter un regard sur ces eaux, celles et ceux qui ont été amenés vers l’autre rive ou vers leurs profondeurs me font penser au temps passé devant cette surface, balayée de leurs propres traces y succombant. Quelles étaient leurs surfaces à eux pour se glisser dans celle-ci ? Sans se retourner. Leur peine et leur colère fondues dans la vase. La seule chose que l’on voit flotter finalement, c’est notre propre désir de vouloir les rejoindre ou, et c’est à mon avis une intention bien plus honnête qu’un courage qui nous dépossède, une Concorde qui nous pousse à ne pas rester là, devant une figure de style falsifiée par nos propres vouloirs à comprendre une flamboyance qui toujours nous échappe.