J’aurais pu…

par lundioumardi

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                                            © jonzer, Flickr, CC by-nc-nd 2.0

En cette belle semaine de novembre, j’aurais pu vous parler d’un article du Monde daté d’aujourd’hui (21 novembre) consacré à Robert Mugabe, président du Zimbabwe « sans autre pouvoir que son verbe » mais accroché à son trône comme une moule à son rocher[1]. J’aurais pu vous raconter la triste nouvelle d’apprendre que le bouquiniste de l’avenue de Clichy, dans le quartier Brochant du 17e arrondissement de Paris, allait fermer ses portes pour laisser la place à une boutique de téléphonie. J’aurais pu vous raconter à quel point la lecture de La vie des douze Césars de Suétone est palpitante et comment Caligula gonflait ses victimes de vin avec l’impossibilité d’uriner en leur liant l’urètre. J’aurais pu également vous évoquer la paranoïa de Violette Leduc et comment sa maladie suintait dans chacune de ses phrases. J’aurais pu… en effet ! Mais voici que je tombe sur ce petit poème de Marc-Antoine Girard de Saint-Amant (1594-1661) et que toute velléité de labeur me semble superflue quand on a la chance de pouvoir, un instant de plus, garder son « âme en langueur ensevelie »[2].

Le Paresseux

Accablé de paresse et de mélancolie,
Je rêve dans un lit où je suis fagoté,
Comme un lièvre sans os qui dort dans un pâté,
Ou comme un Don Quichotte en sa morne folie.

Là, sans me soucier des guerres d’Italie,
Du comte Palatin, ni de sa royauté,
Je consacre un bel hymne à cette oisiveté
Où mon âme en langueur est comme ensevelie.

Je trouve ce plaisir si doux et si charmant,
Que je crois que les biens me viendront en dormant,
Puisque je vois déjà s’en enfler ma bedaine,

Et hais tant le travail, que, les yeux entrouverts,
Une main hors des draps, cher Baudoin, à peine
Ai-je pu me résoudre à t’écrire ces vers.

 

[1] RÉMY Jean-Philippe, « Au Zimbabwe, l’ultime défi de Mugabe », Le Monde, 21 novembre 2017, p. 4.

[2] SAINT-AMANT Marc-Antoine G., « Le Paresseux », Œuvres.