Quand le vulgaire persiste…

par lundioumardi

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Aucun doute que les semaines se suivent sans se ressembler. Il y a sept jours, octobre voyait prolonger une sorte d’été indien savouré en lisant les conseils lumineux de Pline le Jeune sous les branches d’un arbre alors que, aussitôt le lendemain, il fallait remettre en route le chauffage pour ne pas s’enrhumer, avec la tentation de retourner se mettre au lit avec un bon Dickens et une tasse de thé de Chine parfumé au gingembre en écoutant la pluie tomber. En somme c’est l’automne de plein fouet et les arbres à l’ombre desquels on pouvait encore sommeiller quelques jours auparavant ont perdu leurs dernières feuilles en deux rafales de vent. Une chose semble néanmoins résister à ce temps qui défile à toute allure, c’est la vulgarité – celle-là même qui est employée pour mieux escroquer les causes de ceux qui prétendent s’en défendre.

Il y avait déjà ce cher Emmanuel Du Roy Macron pour occuper l’antenne d’une chaîne de télévision afin d’expliquer aux Français que ce n’est pas lui mais les autres « qui foutent le bordel »… – là au moins on se sent tout de suite rassuré par la hauteur du débat et la bienveillance de ceux qui nous dirigent ! Plus vulgaire encore cette semaine passée à entendre l’appel à l’indignation collective martelé à coups de : « #Balancetonporc » ; une violence verbale comme riposte à l’agression qu’elle dénonce sans passer par la case justice et qui semble le moyen le plus sûr pour desservir la cause des victimes de harcèlement qu’elle prétend défendre. On ne manquera pas de méditer à cette phrase tirée des Nouvelles contradiction (1939) de Charles Régismanset : « Les gens mal élevés sont assez portés à penser que la grossièreté constitue un signe d’indépendance. » Pour ma part je retourne à Dickens et à ma tasse de thé avec ce qui me semble le meilleur rempart contre cette frénésie de notre époque à lapider par le vulgaire, à savoir un peu de poésie[1].

Chanson d’automne

Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

[1] VERLAINE Paul, Les poèmes saturniens, éd. La Pléiade.