Trois années contemplatives

par lundioumardi

Lundioumarditrois ans

Caspar David Friedrich, Le Voyageur contemplant une mer de nuages, 1818.

Le 2 septembre 2014 s’ouvrait la première page de Lundioumardi sans autre intention que celle d’un affinement de la lecture par son auteur, incapable encore aujourd’hui de se remémorer avec exactitude les livres qu’il tenait entre ses mains quelques semaines auparavant. Depuis trois ans, chaque jour ou presque, je suis fasciné d’entendre à la radio et dans les conversations ces personnes qui évoquent le plaisir ou l’indifférence qu’elles ont ressenti devant tel ou tel livre. Elles me semblent si précises dans leurs impressions et leurs façons d’exprimer un point de vue qu’à chaque fois l’inquiétude me guette de ne pas pouvoir en faire autant et, surtout, d’avoir à répondre à ces deux interrogations que je redoute : « Que lis-tu ? » et « Qu’en as-tu pensé ? » ; des questions que mes proches évitent soigneusement de me poser, observant le malaise se figer sur mon visage ou agacés par mes jugements lacunaires, stagnant souvent à la surface des mots.

À défaut de savoir « parler » de mes lectures, je crois avoir réussi par l’intermédiaire de ce blog à formaliser et à partager l’intensité avec laquelle un texte – romanesque, poétique ou pamphlétaire – parvenait à accrocher la lumière. Avoir encouragé au fil des mois la relecture de certains auteurs classiques – comme Jean-Jacques Rousseau ou Gustave Flaubert – ou la découverte d’écrivains plus méconnus – à l’instar de Fred Deux ou Ferenc Karinthy – demeure la plus grande satisfaction de ces trois dernières années. À celle-ci s’ajoutent bien entendu les discussions animées avec de nombreux compagnons de lecture mais également les auteurs et les éditeurs que j’ai eu la chance de rencontrer par ce biais. À ceux-là, qui m’accueillaient sur le pas de la porte de leur savoir-faire et de leur travail, j’espère que mes réflexions furent à la hauteur du plaisir que généreusement ils m’offraient lors de nos échanges.

Mais ces trois années de partage pèsent finalement peu comparé au plaisir égoïste et solitaire que fut celui de la lecture en tant que telle – ce geste si particulier qui permet tout à la fois de comprendre le monde dans lequel on vit et de s’en extraire quand il devient trop infréquentable. Lire relève ainsi de cette expérience unique qui porte en elle le dépassement momentané de la vie quotidienne afin de pouvoir ensuite mieux la supporter, la restituer de façon plus solide et avec un regard davantage aiguisé. Trop fragiles me paraissent aujourd’hui ceux qui s’en écartent pour affronter notre époque et son apologie consumériste. Alors perpétuons cette immunité du lecteur qui lui permet ses contemplations et au plaisir de vous retrouver pour cette quatrième année.

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