lundioumardi

Le blog fait par un lecteur, adressé aux lecteurs, pour parler de ses lectures

Mois : mai, 2017

Le tournant clitoridien

magnardlundioumardi

Le monde des SVT (sciences de la vie et de la terre) a connu un petit bouleversement éditorial ces derniers jours, à l’occasion de la réactualisation des manuels scolaires adressés aux collégiens pour l’année 2017-2018. Le clitoris, grand absent des schémas consacrés à l’anatomie et à la reproduction, va enfin trouver une juste représentation dans les manuels conçus par les éditions Magnard, restant le tabou sulfureux qu’il a toujours été chez les autres éditeurs de livres scolaires.

Tout simplement occulté ou relégué à un petit point de quelques millimètres alors qu’il fait en moyenne 10 centimètres, le « bouton de rose » du plaisir féminin, dont l’anatomie est connue depuis le XVIe siècle, était le seul organe « oublié » dans l’apprentissage du corps humain auprès de jeunes adolescents pourtant les premiers à être concernés ; eux qui de plus en plus tôt s’éveillent à la sexualité à partir d’une chaîne pornographique accessible sur leurs écrans, sans le moindre contrôle, et qui conçoivent la réalité d’un rapport sexuel à l’identique de ce qu’ils y voient.

L’initiative, saluée par le réseau de professeurs SVT égalité, tente de réparer selon certains les dégâts causés par la terminologie freudienne qui évoquait le « plaisir clitoridien », provoquant la suppression de cette partie du corps dans l’ensemble des encyclopédies. Une logique qui aurait largement participé à concevoir le désir et le plaisir féminins comme essentiellement cérébraux et non charnels. Un premier pas dont se félicitent de nombreux enseignants pour que berlingot, bonbon, clicli, cliquette, framboise et autre soissonnais trouvent enfin la place qui leur avaient été confisquée dans les modes de représentation.

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Coeur solitaire dans sa chambre intérieure

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Le 15 mai dernier, la Maison de la poésie organisait à Paris une soirée de lancement pour la réédition d’une partie de l’œuvre de Carson McCullers (1917-1967), à l’occasion de ce que l’on pourrait maladroitement nommer un double anniversaire : le 100e anniversaire de sa naissance et le 50e de celui de sa mort. Ce travail mené par Stock, artisan des précédentes éditions de l’auteure américaine, offre ainsi à (re)découvrir ses principaux romans, préfacés de façon inédite par des écrivains contemporains tels que Arnaud Cathrine et Véronique Ovaldé, la réalisatrice Éva Ionesco ou encore la critique littéraire Nelly Kaprièlian[1]. Pour le reste, à quelques exceptions près, motus et bouche cousue dans l’Hexagone. Il n’y a que la chanteuse folk Suzanne Vega pour ouvrir la sienne et lui rendre hommage dans un neuvième album consacré à la vie de l’auteure et intitulé Lover, Beloved : Songs from an Evening with Carson McCullers.

Dans notre modernité qui a fait de la mesure et de la géolocalisation des marqueurs quasi obsessionnels, on observe régulièrement d’artificiels compléments du nom pour évoquer les qualités littéraires de Carson McCullers : « auteure du Sud » (des États-Unis), « une œuvre mince », etc. Si bien entendu elle a fait de sa région natale le terrain principal de ses récits, n’oublions pas que le titre de sa première nouvelle, publiée en 1936, était ni plus ni moins que Wunderkind (« Un enfant prodige »). Née à Columbus dans l’État de Géorgie, la vie de Lula Carson Smith s’est déroulée dans une sorte de précocité pour tout : publiée à 19 ans, mariée à 20 avec Reeves McCullers, elle rencontre au cours de ses jeunes années les artistes de son temps dans le salon littéraire qu’elle tient : Wystan Hugh Auden, Anaïs Nin, Richard Wright, Leonard Bernstein, Salvador Dali et, surtout, Tennessee Williams qui la protègera à plusieurs reprises contre les affres d’une critique littéraire inconséquente et injurieuse.

En effet, si son premier roman (Le Cœur est un chasseur solitaire) publié à l’âge de 23 ans reçut un accueil positif, son divorce, ses liaisons homosexuelles, notamment avec la reporter Annemarie Schwarzenbach, puis son remariage avec Reeves participent à un dénigrement général de son travail. Écriture de la solitude, du désespoir et de la fatalité d’être « juste » ce que nous sommes, il n’en fallait pas moins pour la hisser au rang de « perverse » et de « névrosée ». Une façon de refuser de lire convenablement et de mettre un voile sur l’expérience moderne sous-jacente dans le parcours de ses personnages, marginaux et infirmes, incapables d’identité et d’identifier dans ce théâtre américain où « chaque après-midi, le monde avait l’air de mourir, et tout devenait immobile »[2]. Mais à la différence de ses personnages, celle que Denis de Rougemont décrivait comme « une toute jeune fille montée en graine », avait éclairé sa chambre intérieure de multiples illuminations pour traverser les nuits blanches.

Suite à une crise de rhumatisme articulaire mal soignée qui va progressivement paralyser ses membres, elle ne pouvait plus se déplacer qu’en fauteuil roulant dès les années 1950. C’est à cette même époque que les thèmes de la douleur et de la mort occupèrent une place revisitée dans ses écrits, notamment dans La Ballade du café triste. À la fin de sa vie, Carson McCullers travaillait sur un essai relatif aux artistes et à la création dans la difficulté qui aurait dû s’intituler En dépit de… : le corps prisonnier de Frida Kahlo, la censure contre James Joyce, etc. C’était sans compter le sujet de premier ordre qu’elle aurait finalement constitué dans un tel ouvrage, laissant derrière elle une littérature de la blessure, de la dislocation mais aussi de l’amour, bien souvent inguérissable quand il faut, bon an mal an, retourner dans cette fameuse « chambre intérieure » atrophiée et trouver la force de continuer à l’habiter.

[1] McCULLERS Carson, Frankie Addams (1946), Le Cœur est un chasseur solitaire (1940), Reflets dans un œil d’or (1941), L’Horloge sans aiguilles (1961), La Ballade du café triste (1951), éd. Stock, coll. La Cosmopolite, 2017. À noter également la parution récente en poche du Cœur hypothéqué, un recueil de textes inédits (poèmes, nouvelles, essais) publié à titre posthume en 1971 et la biographie que Josyane Savigneau lui avait consacrée en 1995 sous le titre : Carson McCullers, un cœur de jeune fille.

[2] Frankie Addams.

 

Franck Venaille, se situer au monde

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Cela pourrait s’apparenter à un billet d’actualité tant la sienne est dense et pourtant ce texte trotte dans ma tête depuis longtemps, à la lecture parcellaire d’une œuvre qui m’était parfaitement étrangère il y a quelques mois et qu’une heureuse rencontre, elle aussi littéraire, a permis de me faire découvrir. Il s’agit du poète Franck Venaille, récompensé par le prix Goncourt de la poésie Robert Sabatier 2017 pour l’ensemble de son œuvre – rassemblant une quarantaine de titres – et par le Prix national de la poésie 2017[1]. Mais s’il n’est jamais simple de lire la poésie, il l’est encore moins de partager ce geste constitutif d’une expérience de vie sans la moindre équivalence sensible, hors norme et souvent bouleversante. Cette difficulté redouble quand on souffre d’un esprit trop cartésien et là il faudrait remercier le poète lui-même lorsqu’il nous tend la main : « Faut-il donc toujours comprendre la poésie ? Je crois que ma réponse est négative. Je demande à ce que l’on se méfie de l’impérialisme du sens, à ce que l’on se laisse guider par le rythme, la construction illogique, la langue dans tous ses états, l’humour passé et à venir, une dose de rêve et accepter de pactiser avec l’incompréhensible. »[2]

Alors oublions un temps les règles qui imposeraient quelques repères biographiques pour situer cette figure incontournable de la poésie contemporaine et voyons plutôt les contours de cette expérience singulière qui consiste à « habiter », le temps d’un ou plusieurs recueils, chez Franck Venaille avant de devoir rentrer chez soi, changé mais comme soutenu aussi. Auteur du passage du temps, alternant entre la passion et le désespoir, celui qui écrit dans son dernier recueil que « le rêve est une seconde vie » a fait des mots et de l’écriture une façon d’exister dans le monde sans vouloir se débarrasser de la souffrance qui l’accompagne pour l’accueillir d’une autre manière : « C’est en lisant L’âge d’homme qu’une partie de la honte qui m’habitait a disparu et que j’ai senti que l’on pouvait tout dire par l’écriture : la peur de la mort, la rébellion, l’angoisse sexuelle. »[3] Profondément marqué par la guerre d’Algérie (1954-1962) dans laquelle il fut embarqué et au cœur même de son œuvre poétique, il fit de l’ironie un guide éventuel puis nécessaire pour se déplacer dans ce qu’il nomme « la caverne du langage ».

Ce mouvement, incarné par les mots qui permettent d’agir, on le lit dans les vers d’un auteur écrivant avec force la marche qui est la sienne, à l’instar de ce passage de La Descente de l’Escaut : « C’est cela la vérité. Je marchais pour me connaître, allant à la poursuite d’un rêve dont je m’étais fait un but. […] Durant tout ce voyage je n’eus d’autre compagnon/comparse que moi. Voilà ma vérité. On démarre. On se saisit du fonctionnement de son corps. Ensuite, il est impossible de revenir sur ses pas, question de principe ! Mais, dans sa chambre d’hôtel, si spacieuse soit-elle, on se retrouve bien sûr à l’étroit. Que faire de ses jambes ? De son courage. De ce qui perdure en nous de concentration bassement physique. Je fis donc connaissance d’un sentiment nouveau et estimable : la concorde, qu’à moi-même, je m’octroyai. »[4]

Une jambe après l’autre, cette démarche « qui fait aussi de vous un enfant égaré », révèlerait sans doute au lecteur de poésie naïf que je suis la valeur du rythme au fondement même de l’esprit, cet art de tenir au doigt et à l’œil chaque mot de la langue en suggérant plus qu’il n’est censé dire mais sans jamais le travestir. Des mots « parfois défigurés au cours des nombreuses guerres du langage » que Franck Venaille a menées mais qui sont tout autant un « acquis » pour permettre de se situer au monde sans jamais penser que sa situation était plus difficile à observer qu’une autre. « Face tragique, corps menacé, rebelle à jamais »[5], le poète ne fait pas le choix de surplomber les activités humaines du haut de son piédestal. Bien au contraire, il les cerne autour de sa sensibilité humaine, authentique et sans concession, sans foi ni sentence, quand « Par de telles larmes amères Toute vie dit sa peine ».

[1] Vient de paraître : VENAILLE Franck, Requiem de guerre, éd. Mercure de France, 2017.

[2] VENAILLE Franck, C’est nous les Modernes, éd. Flammarion, 2010.

[3] Ibid.

[4] VENAILLE Franck, La Descente de l’Escaut, éd. Obsidiane, 1995.

[5] VENAILLE Franck, Tragique, éd. Obsidiane, 2001.

Le lendemain …

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Des idées fixes on en a tous et parfois elles vous prennent au saut du lit avant même de connaître la couleur du ciel. Ce matin, le premier après ces interminables semaines de campagne électorale, je me suis levé avec la « nécessité » de trouver l’origine de l’expression « Les lendemains qui chantent ». L’encyclopédie numérique au « W » bien connu l’attribue ainsi à la lettre d’adieu écrite par le député communiste et journaliste Gabriel Péri (1902-1941), la veille du jour où il a été fusillé par les nazis au Mont-Valérien. Elle se terminait de la façon suivante : « Je crois toujours, cette nuit, que mon cher Paul Vaillant-Couturier avait raison de dire que le communisme est la jeunesse du monde et qu’il prépare des lendemains qui chantent ». Avec la voix de Florian Philippot sur France Inter et le café qui n’en finissait pas de se faire, c’était le début d’une journée – d’une semaine peut-être, d’un mois qui sait, voire de tout un quinquennat – interminable qui s’annonçait.

Deux solutions : se recoucher et attendre que cela passe – mais cinq années au lit cela me paraît un peu long – ou bien changer de radio et trouver une lecture plus joyeuse que l’autobiographie posthume du journaliste à L’Humanité. Une fois « La Matinale » de Patrick Cohen en sourdine, je me suis souvenu de l’entrée « Matinal » du Dictionnaire des idées reçues de Gustave Flaubert : « Matinal : L’être, preuve de moralité. Si l’on se couche à 4 heures du matin et qu’on se lève à 8, on est paresseux, mais si l’on se met au lit à 9 heures du soir pour en sortir le lendemain à 5, on est actif. » Bien qu’il prétende le contraire, Flaubert était un travailleur acharné et, d’après sa Correspondance, je le soupçonne d’avoir souvent traîné au lit jusqu’à 10-11 heures le matin… À 30 ans, lui aussi devait avoir d’autres rêves que celui de gagner son premier million muni d’une Rolex au poignet.

Le « lendemain » reprenait cependant une tournure classique : un livre dans une main, une tasse de café dans l’autre. Et là, grossière erreur : ouvrir sa page Facebook. Heureusement qu’un écran pour une fois nous protège du tsunami des « analystes politiques » d’un soir ou d’un jour. D’un côté, il y a ceux qui manifestent déjà contre celui pour qui ils ont voté la veille, de l’autre ceux qui remercient leur entourage d’avoir respecté « leurs consignes », en toute humilité… On clique donc sur le point rouge en haut à gauche, on ferme la fenêtre de l’ordinateur pour ouvrir celle qui donne sur l’extérieur. Paris, toujours endormie en ce jour férié, semblait vouloir rendre justice aux mots de Balzac : « Une fête de Paris ressemble toujours un peu à un feu d’artifice ; esprit, coquetterie, plaisir, tout y brille et s’y éteint comme des fusées. Le lendemain chacun a oublié son esprit, ses coquetteries et son plaisir. »

Henri Michaux nous réconforterait en écrivant que « Les amis fidèles sont souvent un encouragement à rester aussi borné le lendemain que vous l’étiez la veille. » (Passages – 1950) mais à mesure qu’avance ce « lendemain » il semble inutile de remuer trop les idées fixes immiscées pendant la nuit. Leurs auteurs aussi connaissent des lendemains difficiles, qui chantent et déchantent, « Puis revenant avec une lassitude superflue, ils jurent qu’ils ignorent eux-mêmes pourquoi ils sont sortis, où ils ont été, et le lendemain ils recommencent à errer par les mêmes chemins », nous dit Sénèque pour conclure sur ce lendemain qui, bientôt terminé, finit par ressembler à tous ceux qui l’ont précédé.

L’appétit vient en parlant ?

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Il y a ceux que l’on ne parvient même plus à entendre quand, parka rouge sur le dos et la statue de Jeanne d’Arc en toile de fond, les feuilles s’envolent et les micros fatiguent de porter la rengaine de leur voix. « La fin d’un cycle » selon certains tics de langage, prompts à oublier qu’il s’agit uniquement d’une passation filiale, au sens propre comme au figuré. Les symboles, les métaphores et autres figures de style ont ainsi la vie dure avec tous ces discours électoraux pour les malmener, puisqu’en l’absence d’idée de chaque côté ce sont les sentiments – les moins valeureux – qu’il est nécessaire d’attiser afin de « vaincre sans convaincre », pour reprendre l’expression de l’auteur espagnol Miguel de Unamuno.

Pourtant, si l’on s’intéresse à sa nature même en tant que registre littéraire, le discours est l’exercice le plus abouti pour exposer voire imposer ses convictions. Qu’il soit réquisitoire ou plaidoyer, toujours engagé, le discours demeure cette forme unique en son genre associant le talent oratoire à la qualité de l’écrit, grâce auquel (ou à cause duquel) le cours de l’histoire peut basculer à partir d’un échange entre le séducteur et sa proie. Pas seulement !

Dans un essai rédigé autour de 1805, l’écrivain allemand Heinrich von Kleist (1777-1811) proposait le discours comme une alternative à la réflexion solitaire lorsqu’une idée peine à s’éclaircir ou à se formuler dans le silence[1] : « Si tu veux savoir une certaine chose et que tu ne puisses y parvenir par la médiation, je te conseille, mon cher et judicieux ami, d’en parler avec le premier homme de ta connaissance que tu rencontreras. Il n’est pas nécessaire que ce soit un esprit subtil ; il ne s’agit pas non plus de l’interroger sur ce qui t’occupe : non ! C’est toi qui dois plutôt commencer par lui conter ton affaire. » Une autre vocation du discours où l’oralité devient une condition de la raison.

Écrit sous la forme d’une lettre destinée à son ami Rühle von Lilienstern, l’auteur assignait au discours le rôle de stimulant, une technique favorable à la clarification d’une pensée dont on ignore l’issue au moment de l’introduire et dont on cherche encore les ressorts cachés. Il citait alors l’exemple du révolutionnaire français Mirabeau (1749-1791) – « l’Orateur du peuple » – lors de la séance royale du 23 juin 1789 et l’ordre de la dissolution de l’Assemblée constituante : « Je pense à la foudroyante sortie de Mirabeau clouant le bec au maitre des cérémonies qui, le 23 juin, une fois levée la dernière séance monarchique du roi, où ce dernier avait enjoint les trois ordres à se séparer, était revenu dans la salle plénière où ils se trouvaient toujours et avait demandé s’ils avaient entendu ce que le roi avait ordonné. « Oui, répondit Mirabeau, nous avons entendu l’ordre du roi » – je suis sûr qu’en commençant ainsi, de façon affable, il ne pensait pas encore aux baïonnettes avec lesquelles il allait conclure[2]. »

Aujourd’hui vidé de sa verve et de son audace, le discours n’oblige plus son auteur à puiser dans ses propres ressources. Il ne fait que réactualiser, plagier, condamnant ainsi son destinataire à devoir se résoudre à la vacuité d’une pensée dont l’absence est étouffée par une mise en scène de super-spectacles relayés, commentés, hologrammés afin de surtout pouvoir réseauter sur des plateformes anesthésiées où le premier péquin se réjouit de pouvoir s’improviser analyste politique le temps d’une journée. Une apologie du « médialecte » déjà décriée en son temps par Gérard Genette, dans un livre intitulé Bardadrac, et qui écrivait : « Miroir et modèle de notre sous-culture dominante, il [le médialecte] devient peu à peu la langue de bois de tous, et les médias sont aujourd’hui notre Port au Foin (sans foin, sinon au sens familier du mot), à quoi l’on peut, avec la dose de fausse mauvaise humeur et de vraie mauvaise foi propre à toute satire, attribuer toutes les turpitudes verbales du monde actuel. »[3]

[1] VON KLEIST Heinrich, « Über die allmähliche Verfertigung der Gedanken beim Reden », publié pour la première fois à titre posthume dans la revue Nord und Süd en 1878. Le texte a ensuite été traduit de l’allemand vers le français par Jacques Decour pour la revue Mesures en 1936. Il a été republié aux éditions Allia en 2016 sous le titre L’Élaboration de la pensée par le discours.

[2] Mirabeau concluait alors son discours ainsi : « Cependant, pour éviter toute équivoque et tout délai, je vous déclare que si l’on vous a chargé de nous faire sortir d’ici, vous devez demander des ordres pour employer la force ; car nous ne quitterons nos places que par la puissance des baïonnettes. »

[3] GENETTE Gérard, Bardadrac, éd. Seuil, 2006.