Emmanuel Du Roy Macron

par lundioumardi

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Lundioumardi ouvre aujourd’hui une série de textes qui va nous emmener quelques semaines autour d’un défi qui n’est pas des moindres : porter un intérêt aux candidats à l’élection présidentielle. On aurait pu imaginer une étude analytique des programmes défendus par chacun d’eux mais comme la plupart sont inexistants et que leurs idées finissent toutes par se ressembler, il a fallu nourrir un autre projet. Celui-ci s’est finalement imposé de lui-même et de la meilleure des façons qui soit, autour d’un dîner entre amis quand deux bouteilles de Sancerre plus loin nous avons commencé à comparer tous ces polichinelles en Une de nos journaux avec des héros de la littérature. Curieusement ou pas, cela générait des débats plus passionnés qu’une émission politique du service public, avec des propositions qui s’opposaient, se défendaient et parfois selon des évidences insoupçonnables.

Pour ouvrir le bal, qui de mieux placé que le plus représentatif de notre époque, avec ses jolies petites joues roses pour faire oublier son opportunisme, un esprit dévoré par l’ambition, totalement rompu à l’économie de marché et pur produit du capitalisme sauvage ! j’ai nommé Emmanuel Macron le banquier. Ni droite ni gauche, il n’est pas celui qui bouffe à tous les râteliers : il est le râtelier, celui qui porte le nom de libéralisme extrême. Résumons sa carrière brièvement : des études de philosophie auprès de Paul Ricœur, l’apprentissage du monde du travail au sein de la Banque Rothschild, son entrée au gouvernement en tant que ministre de l’Économie avec une loi éponyme imposée à coup de 49-3, un appel aux jeunes pour être titulaire de leur premier million à 30 ans et déjà plusieurs couvertures de Paris Match, bras dessus bras dessous avec Brigitte que certains nommeraient déjà la « femme licorne ».

Cet archétype de l’arriviste est la figure tutélaire de Bel-Ami, célèbre roman de Guy de Maupassant publié en 1885 dans le laboratoire d’une IIIe République à la découverte des nombreux rouages de la spéculation qui ne quitteront jamais plus son fonctionnement et son maintien. Ainsi Georges Duroy, jeune provincial âgé de 25 ans, monte à Paris où il parviendra à gravir les nombreux échelons de la société à coups de tromperies, d’ambition démesurée et de provocations, n’hésitant pas à extorquer sa première épouse, multipliant les amitiés stratégiques et brisant les carrières de ses adversaires pour sa seule réussite. Véritable crève la faim au début du récit, il parvient à se hisser au titre de baron Georges Du Roy que toute la coterie parisienne vient célébrer le jour de son mariage sur le parvis de la Madeleine quand lui se prend déjà à convoiter la députation.

« Il ne voyait personne. Il ne pensait qu’à lui. Lorsqu’il parvint sur le seuil, il aperçut la foule amassée, une foule noire, bruissante, venue là pour lui, pour lui Georges Du Roy. Le peuple de Paris le contemplait et l’enviait. Puis, relevant les yeux, il découvrit là-bas, derrière la place de la Concorde, la Chambre des députés. Et il lui sembla qu’il allait faire un bond du portique de la Madeleine au portique du Palais-Bourbon. »

Du Roy pour notre royaliste en apnée, toujours plus en marche pour séduire Paul quand la veille il défendait Jacques. Il se dilate la rate avec Philippe de Villiers tellement ils s’aiment et prend la mesure de « l’humiliation » ressentie par la « Manif’ pour tous » car peu importe si cela contredit le reste quand des voix sont susceptibles d’être gagnées. Âgé de 38 ans, Emmanuel Du Roy Macron, qui se veut l’incarnation du renouvellement des générations en politique et le manager en chef des options nouvelles, perpétue une tradition arriviste qui repose sur deux éléments fondamentaux : la séduction et l’opportunisme ; les deux ayant pour seule vocation le maintien de la barbarie capitaliste chapeautée par son élite et que le plus normalement du monde le citoyen continue de hisser aux sommets.

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