Adieu boussole, carte, plan et… égarement !

par lundioumardi

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Non sans aplomb, une maîtresse de maison équipée de tout ce que l’électro-ménager peut produire de plus inutile pour épater l’assemblée, s’exclamait devant ses convives réunis à l’occasion d’un dîner : « Pour moi le progrès, c’est de trouver ce qui me convient le mieux ! » Quand on y réfléchit une minute, la phrase ne manque pas de panache puisque, à sa façon, elle porte en elle l’épaisseur individualiste qui justifie aujourd’hui les directions d’un « progrès » prêt à tous les compromis avec la biologie, l’éthique et finalement avec la nature humaine dans son ensemble.

Parmi ces compromis, la rubrique « On nous prend pour des quiches ! » du magazine Causette ironise sur la nouvelle technologie proposée par la start-up mulhousienne Spinali Design : le jean Essentiel, véritable GPS intégré à la toile du pantalon et qui se manifeste en faisant vibrer les hanches de celle qui le porte, au gré du chemin à suivre pour arriver à destination – comme le progrès est sélectif il ne s’adresse pour le moment qu’aux femmes et les messieurs devront attendre un peu avant de revisiter leur déhanchement[1].

Pas simple d’être une start-up de nos jours… Le sens de la créativité doit battre à plein régime avec la nécessité d’inventer le plus indispensable. Aussi Spinali Design ne s’est pas arrêté à ses « deux capteurs vibrants situés au niveau de la ceinture du pantalon et reliés à votre smartphone via Bluetooth » puisque l’arrivée d’un nouvel e-mail ira lui aussi de sa petite « décharge »… Est-ce la perspective d’un ballet sur fond numérique dans les rues de Mulhouse qui animait David Spinali (le responsable innovation de la société), il n’en demeure pas moins que l’argument de vente laisse perplexe : « lutter contre burn-out » ! Et puis comme c’est de bon ton, le « made in France » est garanti.

Rester branché pour ne pas sombrer toujours un peu plus donc. À quand la start-up qui innovera dans la fabrication d’une prise reliée aux individus pour recharger leurs propres « batteries », donner l’illusion d’une journée vécue ou d’une émotion ressentie, quitte à finalement passer à côté de ce(tte) charmant(e) inconnu(e) croisé(e) au détour d’une rue, le regard perdu et qui n’aurait pas rêvé mieux qu’un passant peu pressé ou empressé d’apporter son aide. C’est pourtant ça, aussi, le début d’une histoire…

[1] S. F., « Essentiel mes fesses », Causette, n° 72, novembre 2016, p. 13.

 

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