Martine Gilson

par lundioumardi

pivoine-rose-juin-2009

« Martine Gilson est née… » Non, elle n’aurait jamais commencé ainsi. Comment aurait-elle commencé ? Avec ce qu’elle aimait ? Ce qu’elle jugeait insuffisant ? Non plus. Elle aurait évacué les codes et aurait aussitôt pris le taureau par les cornes pour arriver à ses fins, connaître la vérité, ne pas se laisser usurper. Martine Gilson s’en est allée et ce n’est pas seulement une journaliste ni une amitié que je pleure, c’est surtout l’intelligence d’une plume insoumise. Nombre de fois nous nous sommes heurtés, confrontés, rassemblés aussi. D’une fidélité inébranlable, elle était la maîtresse de sa pensée, sûre d’elle-même, ce qui est rare de nos jours chez des journalistes prêts à toutes les concessions.

Je lis les témoignages de son souvenir, maladroits souvent parce que le personnage si charismatique a pu en dérouter plus d’un. Elle avait « intimé » nombre de nos dirigeants, non pas parce qu’elle les aimait ou les détestait mais pour savoir, pour connaître, écrire à quelle sauce vous et moi allions être mangés. Cette qualité, cette intelligence qui consistent à analyser l’actualité à partir du point de vue de l’histoire et des convictions s’en va encore une fois un peu plus avec elle.

La chance m’a été donnée de croiser sa terrasse – elle qui sans doute a été la plus attentive à ceux qui n’avaient qu’un bout de table pour expliquer leurs quotidiens, leurs matins blêmes ou leurs amours contrariés. Ma chère amie vous allez incroyablement me manquer, vos rires et nos disputes, nos huîtres et nos clopes, je vous embrasse du plus profond de mon cœur avec la promesse de me souvenir du bon présage des « beaux jours qui débarquent ».

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