Octobre de plein fouet

par lundioumardi

lundioumardilaforgues

L’été indien s’en est allé pour laisser place à une lie de feuilles mortes dans les jardins et hier au soir la pluie battait la mesure de la mélancolie de ce fameux dimanche d’automne. Nous l’avions sans doute oublié mais nous sommes octobre et tout ce que je croyais pouvoir écrire aujourd’hui sur le poète Federico García Lorca (1896 – 1936) et sa chaude Andalousie me paraît aussi savoureux qu’une tomate en hiver. Alors dans la précipitation qui est la mienne, Jules Laforgue (1860 – 1887) est arrivé tel le messie pour sauver le blog de la semaine, me permettant une parenthèse hebdomadaire avec ces vers de saison, parus à titre posthume dans les Fleurs de bonne volonté (1890)

 Petites misères d’octobre

Octobre m’a toujours fiché dans la détresse ;
Les Usines, cent goulots fumant vers les ciels…
Les poulardes s’engraissent
Pour Noël.

Oh ! qu’alors, tout bramant vers d’albes atavismes,
Je fonds mille Icebergs vers les septentrions
D’effarants mysticismes
Des Sions !…

Car les seins distingués se font toujours plus rares ;
Le légitime est tout, mais à qui bon ma cour ?
De qui bénir mes Lares
Pour toujours ?

Je ferai mes oraisons aux Premières Neiges ;
Et je crierai au Vent : Et toi aussi, forçat !
Et rien ne vous allège
Comme ça.

(Avec la Neige, tombe une miséricorde
D’agonie ; on a vu des gens aux cœurs de cuir
Et méritant la corde
S’en languir.)

Mais vrai, s’écarteler les lobes, jeu de dupe…
Rien, partout, des saisons et des arts et des dieux,
Ne vaut deux sous de jupe,
Deux sous d’yeux.

Donc, petite, deux sous de jupe en œillet tiède,
Et deux sous de regards, et tout ce qui s’ensuit….
Car il n’est qu’un remède
À l’ennui.

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