Trois correcteurs inspirés

par lundioumardi

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Un podium à quatre marches pour honorer les fautes les plus fréquemment commises par nos journalistes, voici ce que proposent Martine Rousseau, Olivier Houdart et Richard Herlin, trois correcteurs du Monde rompus à cet exercice de la relecture pour débusquer fautes d’accord et « autres bizarreries de la langue française ». Dans un livre paru le 5 octobre dernier[1], les trois auteurs relèvent, non sans humour, les nombreuses pépites récoltées, profitant du privilège d’être aux premières loges : « En tant que correcteurs, lisant la copie avant qu’elle ne soit publiée, nous sommes à un bon poste d’observation du niveau orthographique et syntaxique de nos camarades journalistes et de l’étendue de leur vocabulaire. »

La phrase peut paraître sentencieuse mais ne reflète pas le ton général des auteurs volontairement versés dans l’autodérision et l’autocritique : les articles du Monde ne manquent pas d’illustrer ce « palmarès des erreurs récurrentes ». Sur le fond, rien de bien surprenant, comme si les difficultés grammaticales rencontrées depuis les bancs de l’école ne nous abandonnaient jamais vraiment. La médaille d’or est ainsi attribuée à l’accord du participe passé avec le verbe avoir. Curieusement, cette règle grammaticale ressassée tant et tant continue d’occuper le terrain des fautes fréquemment commises, suivie par le choix homophonique entre le participe passé ou l’infinitif – oublié (oublier ?) le réflexe acquis du « vendu ou vendre ? ». En troisième position, et là on commence à s’inquiéter quand il s’agit de journalistes censés savoir écrire un minimum : « savoir que le sujet régit le verbe et lui dicte son genre et son nombre » ; en somme confondre l’auteur de l’action et son objet. Enfin, « tel le bistrotier Raimu et son “quatrième tiers” pour confectionner un cocktail, dans le fameux film Marius, nous ajoutons une quatrième marche à notre podium pour le très répandu et vilipendé subjonctif à la suite de la locution conjonctive “après que”. »

Mais il ne faudrait pas croire que ce livre s’adresse à un public d’austères grammairiens un peu trop rigoristes. C’est avec humour que les trois correcteurs recensent malentendus et contresens générés par un mauvais usage de la langue, toujours un peu plus près (prêt ? prête ?) de tomber dans la « fausse aux lions ». Très loin de tergiverser sur « oignon » et autres « nénuphars », ces 19 chapitres sont l’occasion pour ces professionnels du juste mot de rappeler la subtilité qui accompagne le bon emploi d’une grammaire parfois complexe à maîtriser mais qui demeure un puits de richesse, un moteur de précision et dont les correcteurs, sorte de gardiens du temple, méritent plus que jamais d’être soutenus. N’oublions pas que la plupart des rédactions se délestent largement de ces artisans de la langue faute de moyens, avec les catastrophes que l’on connaît tous.

[1] ROUSSEAU Martine, HOUDART Olivier, HERLIN Richard, Retour sur l’accord du participe passé et autres bizarreries de la langue française, Paris, éd. Flammarion, 2016.

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