Un an de boucan

par lundioumardi

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Voilà, cela démarrait cette nuit aux Etats-Unis, cela ne fait que commencer en France : le tapage médiatique autour des présidentielles va aboyer dans nos oreilles pendant ces longs mois d’hiver et ce jusqu’au printemps. Même dans les rares cafés non encore pollués par un écran plat suspendu au-dessus de la carafe Berger, les échanges au comptoir – également connus sous le nom de « brèves » – vont abandonner leur poésie habituelle pour éprouver l’expérience commune du pays en campagne électorale. Meilleur rempart contre ces folies modernes : la lecture. La lecture pour s’isoler, s’évader loin du brouhaha commun et apprécier le silence, à l’instar de l’écrivain François Garagnon qui en livre une merveilleuse apologie dans cet extrait de Jade et les sacrés mystères de la vie[1] :

« Je sais pas si vous avez remarqué : ce qui sépare les gens, ce sont les mots. Même les p’tits mots de rien du tout ça peut produire les pires maux. Il y a des mots blessants, et puis des mots qui tuent. Ainsi l’amour peut commencer sur un signe et finir par un mot, un mot de trop. Peut-être bien qu’on habille la réalité avec des mots parce qu’on a peur de la voir toute nue. Peut-être bien aussi qu’il vaudrait mieux se taire plus souvent.

Apprendre à contempler. Rien dire. Rester dans le silence. Mais pas n’importe quel silence ! Il y a toute une gamme de silences : des graves, les aigus, des intenses. Il y a le silence qui cache l’absence et le vide ; il y a le silence parce qu’on n’ose pas ; il y a le silence parce qu’on ne veut rien dire, ou qu’on s’en fiche ; il y a le silence parce qu’on ferme les yeux et qu’on ne veut pas s’occuper de ce qui ne nous regarde pas : tout ça, c’est pas des beaux silences.

Moi, je parle des silences à étoiles, des silences à deux, avec des signes et des messages et des sculptures de connivence, un silence moelleux et rond comme de la tendresse, et grisant comme de l’amour. Un silence dense, la danse d’un silence…. Les amoureux n’aiment rien tant que le silence. C’est drôle : c’est quand ils ne disent rien qu’ils s’entendent le mieux. »

[1] GARAGNON François, Jade et les sacrés mystères de la vie, 1991. Principalement connu pour ce conte philosophique, réédité de nombreuses fois et traduit dans une douzaine de langues, François Garagnon est aussi le fondateur des éditions Monte-Cristo et un artisan du mouvement des Réenchanteurs Associés.

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