Najat Vallaud-Belkacem, Docteur es communication ?

par lundioumardi

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Le 2 septembre 2014, ce blog s’ouvrait sur une observation des réformes prévues par Najat Vallaud-Belkacem peu après sa nomination au ministère de l’Éducation nationale au mois d’août[1]. Deux années ont passé et le bon petit soldat de François Hollande semble parvenu à ses fins : devenir un des pires ennemis de l’école et du processus d’apprentissage. Ce qui était annoncé comme la priorité du candidat Hollande en 2012 s’est ainsi soldé par l’abandon des classes bilangues et européennes, une réforme des rythmes scolaires génératrice d’inégalités cuisantes, une formation continue des enseignants rétablie mais totalement sinistrée, le renforcement du primaire évaporé, sans parler du contenu des programmes conçus sur la base d’un discours idéologisé et obscurantiste dont la ministre se fait le porte-parole, indifférente au recul de la maîtrise de la langue et du savoir. En toute humilité et déjà en campagne pour soutenir son mentor, Najat Vallaud-Belkacem se dit « fière » de son bilan, laissant entrevoir la capacité de certains à appuyer sur le champignon lorsque le mur se dresse devant eux.

Dans un article paru aujourd’hui dans le journal Libération[2], l’économiste Ioana Marinescu s’interroge sur l’échec des stratégies élaborées depuis plusieurs décennies et qui ont relégué la France à la 25e place du classement international Pisa en 2012. De gouvernement en gouvernement, de réforme en réforme, le système éducatif n’a cessé de s’étioler jusqu’à devenir cette épave dont la principale faillite est de ne plus parvenir à aider les élèves les plus en difficultés. Une situation également partagée par les Etats-Unis, occupant la 36e place du classement mais avec une meilleure conscience du problème et des tentatives pour sortir du marasme. Parmi elles, les écoles dites « charter », plus autonomes dans l’organisation de l’enseignement et le choix des programmes, sont financées par l’argent public mais ferment leurs portes si elles n’attirent pas suffisamment d’élèves ou que leurs méthodes échouent. On pourrait les comparer en quelque sorte aux lycées autogérés que nous connaissons chez nous.

Ioana Marinescu montre alors l’ambivalence de ces écoles charter qui ne semblent finalement pas « meilleures ou pires que les traditionnels établissements publics. » En revanche elle constate qu’une formule obtient des résultats plus que convaincants : « Le modèle “pas d’excuses” est particulièrement efficace. Basé sur une philosophie très exigeante à l’égard des élèves et des professeurs, la discipline est stricte, les heures de cours sont rallongées et les professeurs ajustent leur enseignement pour coller aux besoins des élèves. » Appliquées dans de nombreux établissements laboratoires, les méthodes « pas d’excuses » ont ainsi révélé des résultats surprenants, favorables à la réussite des élèves mais aussi vecteur d’une meilleure intégration des minorités, souligne Ioana Marinescu. La recette ne semble donc pas miraculeuse : un minimum de rigueur dans les classes et des heures de travail. En somme, tout ce dont nous sommes dépourvus depuis plus de trente ans et l’avènement de la métamorphose pédagogique. Mais les chiffres et les études, tristement éloquents sur le sujet, tout comme les témoignages d’enseignants désemparés par des méthodes absurdes, ne paraissent guère être des raisons suffisantes pour notre ministre toujours un peu trop contente d’elle-même, lancée à toute allure dans son rôle de communicante pour nous assurer que même dans la catastrophe et l’incohérence la lumière serait au bout du tunnel…

[1] « Monsieur Rabelais, où êtes-vous passé ? », Lundioumardi, 2 septembre 2014. https://lundioumardi.wordpress.com/2014/09/02/monsieur-rabelais-ou-etes-vous-passe/

[2] « MARINESCU Ioana, « L’expérience américaine pour lutter contre l’échec scolaire », Libération, mardi 6 septembre 2016, p. 23.

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