Quelle fête …

par lundioumardi

JourdefeteLundioumardi

Soyons honnête : il fait chaud, je ne suis pas trop mécontent des textes présentés ici depuis le début de la période estivale et une furieuse envie de « bâcler » mon Lundioumardi s’est imposée comme une évidence caniculaire. Dans ce cas là comment procéder ? Rien de plus tentant pour un paresseux a-câblé que de se ruer sur Google pour taper « poésie + été », avec l’opportunité de passer un moment parfois nostalgique, souvent surprenant et toujours jubilatoire à lire des poèmes qui évoquent chaleur, moisson et un peu de sexe derrière une meule de foin. Parmi cette récolte saisonnière de strophes cueillies au hasard, « Jour de fête aux environs de Paris », semé par Victor Hugo et paru dans un recueil intitulé Les Chansons des rues et des bois (1865) :

Jour de fête aux environs de Paris

 Midi chauffe et sème la mousse ;
Les champs sont pleins de tambourins ;
On voit dans une lueur douce
Des groupes vagues et sereins.

Là-bas, à l’horizon, poudroie
Le vieux donjon de saint Louis ;
Le soleil dans toute sa joie
Accable les champs éblouis.

L’air brûlant fait, sous ses haleines
Sans murmures et sans échos,
Luire en la fournaise des plaines
La braise des coquelicots.

Les brebis paissent inégales ;
Le jour est splendide et dormant ;
Presque pas d’ombre ; les cigales
Chantent sous le bleu flamboiement.

Voilà les avoines rentrées.
Trêve au travail. Amis, du vin !
Des larges tonnes éventrées
Sort l’éclat de rire divin.

Le buveur chancelle à la table
Qui boite fraternellement.
L’ivrogne se sent véritable ;
Il oublie, ô clair firmament,

Tout, la ligne droite, la gêne,
La loi, le gendarme, l’effroi,
L’ordre ; et l’échalas de Surène
Raille le poteau de l’octroi.

L’âne broute, vieux philosophe ;
L’oreille est longue, l’âne en rit,
Peu troublé d’un excès d’étoffe,
Et content si le pré fleurit.

Les enfants courent par volée.
Clichy montre, honneur aux anciens !
Sa grande muraille étoilée
Par la mitraille des Prussiens.

La charrette roule et cahote ;
Paris élève au loin sa voix,
Noir chiffonnier qui dans sa hotte
Porte le sombre tas des rois.

On voit au loin les cheminées
Et les dômes d’azur voilés ;
Des filles passent, couronnées
De joie et de fleurs, dans les blés.

Jour de fête bien sûr mais pour quelles raisons ? Après avoir laissé planer le mystère tout au long de ces derniers mois, Nicolas Sarkozy a cru soulager « son pays » en annonçant qu’il était candidat à l’élection présidentielle. Ainsi sort-il un programme ou un livre – on ne sait jamais très bien – parce que n’oublions pas que sa dulcinée a reconnu en lui les talents d’un grand écrivain. Que dire : ouf… Pour une surprise c’est une surprise… On aurait tellement préféré l’oublier mais malheureusement lui et toute la clique médiatique persistent toujours à venir nous gâcher la fête, brandissant la menace d’une chienlit politique et sociale, sans parler de la culture mercantilisée et détournée d’un mandat à l’autre.

Jour de fête pour les indifférents au sport qui vont enfin pouvoir soigner leur gueule de bois consécutive au tapage sportif estival ? Pas sûr non plus puisque la candidature de Paris aux JO de 2024 nous promet jusqu’en septembre, voire huit années de prolongations, de joutes médiactico-intempestives si la capitale française était finalement retenue. Sans compter que la rentrée du foot – Zlatan, Pogba, Messi et consorts – a déjà commencé et que si nous n’en avons guère entendu parler, c’est essentiellement parce que les JO crevaient l’écran jour et nuit.

Ah oui, c’est aussi Jour de fête pour les Rose, Rosa et autres Rose-Marie. Sauf que Sainte-Rose de Lima, première sainte du Nouveau Monde canonisée en 1671, nous décourage vaguement par cette citation : « À part la Croix, il n’y a pas d’autre échelle pour atteindre le Paradis. » Cela tombe bien, j’ai le vertige ! Non la véritable fête, c’est qu’en m’octroyant une semaine de congés aujourd’hui, j’évite encore l’écueil des secrets d’une visite dans les châteaux de la Loire ou du fameux « dossier choc » pour révéler l’insalubrité des hôpitaux de Paris. Et si en plus je parviens vaguement à conclure (pour une fois) tout en glissant un texte de Victor Hugo … que demande le peuple ? Du pain ? Les chouquettes tant chéries par l’homme aux talonnettes ? Non, sans doute un peu plus de poésie et un peu moins de pseudo messies.

 

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