Les leçons d’Olivier Cadiot

par lundioumardi

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Cela ne fait aucun doute, Olivier Cadiot est résolument optimiste quant à l’avenir de sa… « profession ». Aux oiseaux de mauvais augure perchés sur leurs branches à clamer la mort éminente de la littérature, l’écrivain et traducteur français leur répond : « Ne me dites pas que la littérature a disparu, la poésie est en plein essor. Il suffit de redevenir chasseur-cueilleur. » Vingt ans après la Revue de littérature générale et ses deux numéros, Olivier Cadiot interroge à nouveau la langue, ses formes, ses horizons, ses usages et son intensité, dans un ouvrage dont le premier tome s’intitule : Histoire de la littérature récente[1].

Au risque de s’y méprendre, cet ouvrage n’a finalement d’historique que la solennité de son titre. Pas de chronologie, de rangement thématique ou de notes de bas de page pour égrainer ces 180 pages qui oscillent entre l’essai, le roman, l’enquête et surtout le livre de recettes à destination des « jeunes écrivains ». Et c’est à la fois la force et la grande faiblesse d’une intention qui finit par échouer. En habile jongleur des mots, Olivier Cadiot veut proposer « Une méthode révolutionnaire pour apprendre à écrire en lisant », déclinée sur 61 chapitres – de quatre pages chacun tout au plus – aux noms tous plus atypiques les uns que les autres : « Amicale des ortolans », « Point de colle », « Espéranto » ou encore « A lady vanishes ».

L’ensemble est bien écrit, vif et on ne manque pas d’esquisser un sourire quand on découvre les visiteurs de la nuit qui pénétrèrent dans la chambre de l’auteur : « Vous avez de la chance, aucune prédestination, pas de vocation, pas de devoir ; aucun type bigleux, ressemblant à Sartre, n’est entré brusquement dans votre chambre d’enfant en pleine nuit, en hurlant : qu’est-ce que la littérature ? » Mais une fois qu’on a bien ri, ce qui n’est pas rien, on s’agace assez vite de cette énumération de conseils qui frôle la niaiserie et l’inconsistance. Alors Olivier Cadiot n’est pas avare d’auto-dérision en proposant sa propre « Lettre à un très jeune poète » mais de quelle écriture est-il le nom pour énoncer avec grandiloquence : « Pour réussir immanquablement un grand roman, gardez une chose en mémoire : il faut s’imaginer vivre sa vie par séquences et épisodes. »

La question se pose sans doute de savoir ce qu’est un grand roman ? Les nombreuses références à La Recherche de Proust laissent présumer qu’il s’agirait d’un modèle à suivre, tout comme le recours au subjonctif dans le récit pour « donner de l’épaisseur » nous dit-il et si, de surcroît, vous allez puiser l’inspiration dans les cadastres de la mairie, peut-être alors Olivier Cadiot aura fait de vous le grand écrivain de la « littérature récente » qu’il appelle de ses vœux ; un écrivain pour qui « Écrire c’est saluer l’arrivée, fleur au fusil, chaque matin, d’un nouveau petit soldat que l’on s’imagine quelques instants en tête avec son clairon – il sera renvoyé au fin fond du bataillon dès le lendemain. » Pour ceux qui n’auraient pas idée d’envisager la littérature comme la bataille de Waterloo, l’auteur laisse encore la possibilité de devenir banquier suisse ou caviste pour avoir la chance d’être pris dans les mailles du filet de pêche de l’avenir spéculatif qu’il nous décrit.

[1] CADIOT Olivier, Histoire de la littérature récente, Tome I, éd. P.O.L, 2016.

 

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