Rien

par lundioumardi

AnimalsWorld-vip-blog-com-723635pygargues-kintzheim-france-1334965870-1221218

Je n’ai rien à écrire cette semaine. Savez-vous ce qu’est le « rien » ? Je l’ai lu, je l’ai bu, je l’ai vu et puis accessoirement je l’ai vécu. Mais de tout cela ne restait pas beaucoup en dehors d’une bonne fatigue. La fatigue des autres bien entendu mais aussi la fatigue d’être soi. Il se trouve que j’ai une chance énorme parce que certains enfants viennent me rappeler que c’est bien gentil d’être fatigué mais que peu s’en faudrait au matin qu’une Cop 21 et des élections suffisent à leur éclairer l’avenir. Je les en remercie par la même occasion.

Alors de fatigue en fatigue, on leur explique Mon rêve familier de Verlaine – vous savez « ce rêve étrange et pénétrant » – que le chiffre du bas d’une fraction est le gâteau dans son entier et que celui du haut constitue le nombre de parts. On leur explique ce que sont le Nord et le Sud. Et puis de défaites en incertitudes, de dénominateurs communs en numérateurs confondus, on se promène dans Paris avec la question de savoir ce que l’on va écrire sur son blog. Et la moindre des choses dans tout cela, de Feuillantines à la Porte de Saint-Ouen, c’est de repasser par la case « rien ».

Sur ce monopoly, ma case « rien » était un kiosquier à qui j’ai demandé de l’aide : « Bonjour monsieur, j’ai besoin d’une revue bien ficelée pour en parler sur mon blog ». Le monsieur faisait sa comptabilité, je le dérangeais dans son résidu. Ce n’est pas « rien » un résidu, on peut y avoir les tempes brûlantes. Et puis un résidu, c’est une fenêtre ouverte sur le long horizon que l’on contemple avec de grands yeux. Mais ses grands yeux avaient dû périr quelque part dans une autre brocante et, sans pleurer, il m’a remis Valeurs actuelles. De mes mains tremblantes, je lui ai demandé autre chose, pas du rêve, mais au moins un peu d’intelligence. Les grands yeux étaient déjà devenus quelque chose qu’il a lui-même nommé « la vérité ». La vérité et le rien tournoyaient ensemble, avec des milliers d’enfants pour escortes et qui ne sauront sans doute plus jamais ce qu’est l’insouciance.

L’honnêteté, l’intelligence, cela aurait été de reprendre point par point cette revue, cette « vérité ». Très noblement d’expliquer les références à Péguy, de moquer ce titre « La Raclée » et puis d’en sortir heureux d’un billet hebdomadaire qui n’a pas d’autre intention que d’éviter de verser des larmes. Alors je tire la carte « chance », elle me dit que demain il faut aller expliquer à un enfant qui était Chopin et… finalement ça ne sera pas « Rien ». Pour la citation, je vous laisse trouver et il faut bien un minimum de cynisme : « La vérité c’est une agonie qui n’en finit pas. La vérité est du côté de la mort. Il faut choisir : mourir ou mentir. Je n’ai jamais pu me tuer, moi… »

Publicités