Le « Frankenburger » : une réflexion sur nos verts pâturages ?

par lundioumardi

Lundioumardi

Un article en date du 17 octobre dernier du journal Les Echos, écrit par la journaliste Leïla Marchand, nous informe qu’à l’horizon 2020, la société néerlandaise Mosa Meat sera en mesure de commercialiser le fameux steak en éprouvette – également connu sous le nom de « Frankenburger »[1]. Pour ceux qui l’ont oublié, le premier steak in vitro avait été … mais comment dit-on déjà ? « mangé » ? « dégusté » ? « avalé » ? « ingurgité » ? peut-être tout simplement « consommé », à Londres en 2013, par une équipe de volontaires. Celle-ci l’avait unanimement reconnu très comparable à une viande traditionnelle, quoique moins juteux et moins gras. La journaliste rappelle alors que cette agglomération de 20 000 bandelettes de muscle – à laquelle s’ajoute poudre d’œuf, chapelure, sel et un mélange de safran et de jus de betterave pour faire davantage authentique – « même issue de la culture de cellule souche de vache, ne suffit pas à reproduire exactement le goût de la viande. »

Alors l’argument c’est quoi ? que vous mangez trop de viande vilains petits carnivores écervelés, sans penser aux conséquences dévastatrices sur notre écologie et l’avenir de vos enfants. Pas faux ! C’est d’ailleurs l’argument sur lequel compte miser l’entreprise de Pierre Verstrate, avec une « stratégie marketing choc » précise l’article, pour convaincre les quelques âmes égarées qui pourraient être refroidies par une étiquette d’emballage « Bœuf in vitro »… Mais le problème encore une fois, c’est bien celui de nous vendre la promesse d’un avenir radieux, grâce à un progrès scientifique qui va tous nous sauver. Dans le cas présent, l’équipe de chercheurs dirigée par le professeur Mark Post de l’université de Maastricht travaille pour intégrer la texture savoureuse qui manquait au prototype de 2013 – avec l’objectif annoncé d’augmenter la production jusqu’à l’obtention d’un prix compétitif de 20 euros le kilo, parce que sauver la planète sans logique capitaliste c’est tout de même nettement moins intéressant.

Alors on pourrait réfléchir à d’autres alternatives : comment consommer moins de viande mais de qualité, réviser en amont notre rapport à la nourriture, si révélateur de ce que nous sommes mais aussi de la façon dont nous pensons. La viande était autrefois un luxe qu’une famille modeste ne pouvait s’offrir tous les jours. Une époque révolue où l’on cuisinait encore le paleron de bœuf le dimanche et dont les restes étaient revisités pour faire la soupe des jours suivants. Ce fameux paleron a été remplacé par des barquettes de viande reconstituée, vendues par paquets au rayon frais des supermarchés et dans des conditions d’élevage absolument dramatiques. Il sera demain une éprouvette dite « écologique » à faire griller au four à micro-onde.

L’équipe néerlandaise se félicite des économies en énergie de son frankenburger : « nul besoin de pâturage, d’eau, de culture fourragère… », en somme plus besoin de s’occuper et donc de préserver ce qui constitue notre patrimoine. On peut donc clairement imaginer dans un avenir proche que la ferme pédagogique aura été remplacée par un laboratoire, dans laquelle l’enfant découvrira les animaux de la ferme selon l’éprouvette à laquelle ils appartiennent. Une affiche rétro, légendée « L’Antiquité » représentera peut-être un troupeau de vaches en train de paître et il sera déjà loin loin loin le temps où l’on s’offusquait de manger du cheval dans des lasagnes de bœuf.

[1] MARCHAND Leïla, « Le steak né en éprouvette commercialisé d’ici à cinq ans », Les Echos.fr, 17 octobre 2015. Lien : http://www.lesechos.fr/industrie-services/conso-distribution/021410279988-le-steak-ne-en-eprouvette-commercialise-dici-a-cinq-ans-1166528.php#xtor=CS1-25

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