Quelle époque !

par lundioumardi

Lundioumardi

Les raisins de la désolation n’ont pas manqué ces derniers jours : un enfant échoué sur la plage comme symbole de toute notre inhumanité, ses parents qui auraient pu être parmi tous ceux à qui des policiers lançaient des sandwichs derrière une grille comme symbole de toute notre bestialité, une conférence de presse hollandienne assez floue pour tendre les bras aux répliques sarkozienne et le pennienne, Claire Chazal a dit bye bye parce que Bouygues lui a dit casse toi, mais surtout … il y a la tristesse inconsolable que j’ai ressentie en apprenant les difficultés financières de messieurs Bedos et Galabru ! Le premier vient de sortir un livre pour renflouer ses caisses[1], dans lequel il annonce qu’il est « fauché », que tous ses comptes sont vides, l’obligeant même à vendre sa maison en Corse « pour survivre ». Pauvre de lui ! je sens une larme monter en l’imaginant condamné à errer entre les murs de son appartement de l’île Saint-Louis ! Apprenant sa détresse, Sardou lui aurait proposé de le dépanner un peu, le temps de se refaire vous voyez, mais l’humoriste-poète-essayiste-intello-gaucho « engagé » a préféré décliner ! Michel Galabru a quant à lui choisi les ondes de RTL pour exprimer sa détresse, en déclarant au micro de Marc-Olivier Fogiel qu’il touchait une pension de misère, une « petite retraite de fonctionnaire », comme des milliers de gens finalement, mais le monstre sacré se fait grand prince en ajoutant « je ne dis pas ça par impudeur vis-à-vis de certains qui ont une retraite encore plus mince. » Quelle élégance ! Quelle époque ! Quelle tristesse ?

Alors le réconfort je l’ai trouvé cette semaine dans Virgule – Magazine de français et de littérature adressé aux jeunes adolescents âgés entre 10 et 15 ans[2]. Que voulez-vous, quand on lit autant de conneries dans la presse pour adultes, il faut bien aller chercher de quoi se nourrir autre part. Son dernier numéro, consacré à la comédie de Molière Les précieuses ridicules, poursuit sa traditionnelle rubrique de la SPM (Société Protectrice des Mots) qui consiste à « recueillir des mots maltraités, délaissés, en voie de disparition ou abandonnés. » Et c’est le mot « Brimborion » qui est mis à l’honneur ce mois-ci. Les auteurs nous rappellent alors que : « issu du latin brevarium, signifiant “livre de prières”, le nom brimborion a d’abord désigné, en français, des “prières bredouillées”, avant de prendre son sens moderne de “chose insignifiante”. » Les brimborions sont donc aujourd’hui toutes ces choses que l’on dédaigne, que l’on ne veut pas voir ou que l’on méprise parce que d’autres, considérées comme plus importantes, occupent une place prépondérante. Par exemple, au hasard, les aléas financiers de certaines vedettes deviennent un sujet à part entière tandis que plus de 52 millions de brimborions transbahutés entre les guerres et la mer commencent tout juste à être pris en compte …

Sur cet utile rappel sémantique du magazine Virgule, je vous souhaite une bonne semaine à tous et vous invite à aller jeter un œil à l’avant-propos de votre serviteur – intitulé « Lundioumardi, un observatoire par la lecture » accessible en haut de la page – qui a été remanié pour mieux embrasser sa deuxième année.

[1] BEDOS Guy, Je me souviendrai de tout, Paris, éd. Fayard, 2015.

[2] Virgule, n° 132, septembre 2015, 6 €.

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