Emmanuel Macron et le mirage de la monarchie libérale

par lundioumardi

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On assiste depuis deux semaines dans la presse à une curieuse surenchère de journalistes qui se montrent du doigt les uns les autres pour savoir lequel sera le plus réac’, qui sera l’authentique charlatan, lequel sera finalement le plus convaincant pour nous détourner définitivement d’une presse écrite déjà bien assez décharnée. Le dernier numéro de l’hebdomadaire Le 1 sauve la mise en posant la question du rapport entretenu par la pensée philosophique avec l’action en politique. On pouvait s’attendre à retrouver Hannah Arendt ou Nietzsche mais, au lieu de cela, la rédaction a préféré Michel Onfray, Régis Debray et Luc Ferry – sans doute à la recherche d’un job d’été. Ce qu’on s’attendait moins à trouver, c’est cette interview d’Emmanuel Macron – actuel ministre de l’Économie, de l’industrie et du numérique – pour apporter un éclairage, voire un remède, à notre lacunaire démocratie. Et là, surprise ! on découvre un royaliste en apnée.

Pour faire bref, Emmanuel Macron a fait ses armes en philosophie auprès de Paul Ricœur, dont il souhaite perpétuer l’héritage de ce qu’il nomme lui-même une « culture politique ». Il aurait pu écrire des livres ou se percher en haut d’une chaire pour délivrer la bonne parole mais le jeune homme a fait le choix du terrain : le fils spirituel alla philosopher à la banque Rothschild et au ministère de l’Économie. On n’a pas réussi sa vie sans sa Rolex, j’ignore si son poignet en est serti, mais il a depuis peu une loi qui porte son nom, imposée à coup de 49-3. Paul Ricœur serait fier de son disciple …

Mais revenons à l’interview. Chateaubriand écrivait, « Il ne faut pas être plus royaliste que le roi ». C’était sans compter sur Emmanuel Macron qui, plus de deux siècles après la Révolution française, nous explique que la démocratie actuelle ne se suffit plus à elle-même, regrettant l’absence du roi dont les Français n’auraient finalement jamais voulu la tête. Un espace vide que le Président est appelé à occuper selon lui, dans une « république plus contractuelle » dit-il encore, même si pour cela la démocratie, dans son incarnation et dans son existence, doit accepter des « zones intermédiaires faites d’impuretés ». L’occasion pour notre nostalgique de la monarchie d’en avoir gros sur la patate à cause du « manque d’État », cantonné à ses fonctions régaliennes :

« Il est saisissant de voir que, dans le moment que nous vivons, on pense si peu à l’État […] Il faut élargir la réflexion sur le rôle que doit avoir l’État dans le temps, dans ses territoires, dans la régulation sociale. Comment reconstruire notre imaginaire politique et notre régulation sociale à la lumière de ce qui est notre économie et notre société ? »

Surprenant pour quelqu’un qui accepte avec autant d’exemplarité le renoncement du politique devant les mécanismes du marché et pour qui la mondialisation devient une chance parce qu’il n’y a pas d’autre alternative que de s’y soumettre. Moins surprenant en revanche pour celui qui a achevé le virage libéral du Parti socialiste et qui n’a jamais caché son admiration à l’égard des politiques menées dans les années 1980 par le gouvernement Thatcher. Droit dans ses bottes, Emmanuel Macron serait donc le hussard assumé du libéralisme et de la nécessité indiscutable qui, rappelons-le, nous avait déjà vendu du rêve quelques mois auparavant en invitant les jeunes générations à rencontrer leur histoire : « L’économie du Net est une économie de Superstars. Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires. »[1]

Une chose est sûre : plus besoin de feux, tous les artifices sont là.

[1] Interview au journal Les Echos en janvier 2015.

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