Tideland

par lundioumardi

tideland

Mitch Cullin est un auteur américain né en 1968 peu connu à ce jour dans les pays francophones. Parmi les neuf romans qu’il a écrits, quatre ont déjà été traduits en français : Tideland (2006, éd. Naïve), Les Abeilles de monsieur Holmes (2007, éd. Naïve), King County sheriff (2011, éd. Inculte) et À pic (2012, éd. Inculte). Méconnus chez nous, ses ouvrages connaissent un véritable succès aux Etats-Unis et sont salués par une critique qui ne manque pas de comparer son univers à celui de Carson McCullers (1917 – 1967) : des personnages qui frôlent avec la réalité, parfois difformes, une action qui se déroule dans la mélancolie de lieux isolés et, surtout, le rôle incontournable des enfants en tant qu’observateurs cyniques du monde des adultes[1]. Tideland est sans aucun doute le roman de Mitch Cullin le plus révélateur et le plus abouti de cette atmosphère à la fois poétique et angoissante. Jeliza-Rose est une petite fille élevée par ses deux parents polytoxiques (héroïne, alcool, etc.) Lorsque sa mère meurt brutalement d’une overdose, son père Noah l’emmène dans une maison à la campagne de crainte de se voir retirer la garde de celle-ci. Mais l’air de la campagne ne profite guère à tout le monde et Noah ne se relèvera pas du fix que sa fille lui prépare consciencieusement pour son dernier « petit voyage », comme il nomme lui-même ses paradis artificiels. Pour palier à la violence et à l’absurdité de ce réel, Jeliza-Rose s’invente un monde imaginaire qui n’est pas sans rappeler celui d’Alice au pays des merveilles – souvent cité dans le livre – accompagnée de ses têtes de poupées qu’elle porte au bout des doigts. C’est au cours de ce rêve éveillé qu’elle fera la connaissance de sa voisine Dell, une sorcière borgne à la bienveillance malsaine et détournée. Mais aussi de Dickens, jeune frère de Dell, souffrant d’une débilité mentale et qui accompagnera Jeliza-Rose dans ses évasions imaginaires. S’il n’est pas toujours aisé de distinguer la part du réel, l’écriture de Mitch Cullin a cette force qui permet d’alterner chez le lecteur les sensations de malaise et de féérie. Une qualité devenue rare dans les romans qui font appel au fantastique mais qui trop souvent mettent la poésie en gerbe. Pas étonnant que Terry Gilliam (les Monty Python, Brazil, Les Aventures du baron de Münchhausen, etc.), ai choisi d’adapter ce film au cinéma – Tideland (2005) – dans lequel il rend fidèlement compte de la puissance évocatrice du texte de Cullin.

[1] Mitch Cullin compte également, avec Salman Rushdie, parmi les fondateurs du site Red Room qui propose la diffusion de créations artistiques et littéraires originales.

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