Peurs dominicales

par lundioumardi

Edvard Munch, Le Cri, 1893

Edvard Munch, Le Cri, 1893

Je ne vais pas mentir, l’inspiration manquait cruellement pour rendre compte d’un livre cette semaine ; cette semaine où l’intelligentsia littéraire française primait pourtant ses « élites » annuelles. En panne d’idées, je suis allé acheter la presse dans l’espoir de trouver un os à me mettre sous la dent et là… j’ai lu la « peur » partout !

La « peur » d’un ancien Premier ministre dont les manipulations pour accélérer la chute de son rival ont été révélées. « La peur » d’Eric Fottorino dont l’hebdomadaire – Le un / 1 – fait apparaître le mot pas moins de six fois en une : cinq pour faire la promotion d’un colloque auquel il participe et une fois à propos de la menace Ebola. « La peur » des Américains qui ont sanctionné la politique de l’actuelle majorité par un vote massif en faveur des républicains. Quel imbécile aussi cet Obama de les avoir doté d’un système d’assurance santé ! La « peur » de Gorbatchev : invité d’honneur des commémorations organisées à Berlin pour fêter le 25ème anniversaire de la chute du Mur, l’artisan de la dissolution de l’URSS nous alerte que nous sommes à nouveau dans une ère de guerre froide, que la menace gronde mais que les Russes n’ont pas à s’inquiéter puisque Saint Poutine veille sur leurs intérêts. Sans oublier Eric Zemmour qui ne cesse de catalyser dans tous les journaux ses propres « peurs » (femmes, étrangers, musulmans, etc.) comme si un livre ne suffisait pas ! Même les bimbo issues de la télé-réalité commencent à faire peur, à donner des coups de couteau en veux-tu en voilà pour exister ! En somme, j’ignore si l’être humain a peur mais c’est ce que l’on voudrait bien nous faire croire.

Mais la peur c’est quoi ? Dans Les Nouvelles nourritures (1935), André Gide prétend qu’ « il est bien peu de monstres qui méritent la peur que nous en avons ». Ce que Gide semble négliger, c’est la peur organisée soumise à la caricature des lois de l’offre et de la demande : générer de la peur pour établir les sauveurs. L’histoire du monde est truffée de ces messies sortis tout droit des entrailles de la peur collective. Et malgré les catastrophes qui ont particulièrement marqué le XXe siècle, pour citer un exemple proche, le fond de commerce de la peur semble avoir encore de beaux jours devant lui.

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